Haiti et ses 33 années de démocratie : Claudy Donet place son mot


Monsieur Claudy Donet

Depuis le départ de Jean Claude Duvalier en 1986, la vie politique et démocratie en Haïti est une éternelle transition. Le pouvoir Exécutif est mené par le bout du doigt par des individus qui peinent à arriver au terme de leur mandat, et la démocratie en Haiti semble être une ballotage entre le peuple et le gouvernement.


Dans le cadre des 33 ans de l’institution de la démocratie en Haïti ce vendredi 7 février 2020, CADRE, qui est un centre d’appui a tenu à porter une réflexion sur la question. L’équipe de Haiti 1ere a en effet donné la voix à Claudy Donet, l’un des responsables de ce centre pour quelques considérations sur la question.


Haïti 1ère: Comment définir Cadre?



Claudy Donet- CADRE: Centre d’Appui à la Démocratie et de Recherche



Haiti1ère- Que représente la date du 7 février pour Cadre?


Claudy Donet: CADRE est un instrument citoyen qui comprend que le bien-être d’une population dépend de ses choix. Choisir suppose l’existence d’un cadre réglementaire qui fait du peuple le souverain et garantit ses capacités d’autodétermination.

Le peuple haïtien, soumise à la dictature de « Papa Doc » puis « Baby Doc », était plutôt assujéti aux caprices qu’au droit. Ainsi, la résistance populaire qui a conduit à la chute du régime des Duvalier a marqué une rupture et une restitution à la population, ses pouvoirs de déterminer, sans contrainte, un mode de gouvernement qui lui est propre.

Pour CADRE, le 7 février est le kilomètre zéro vers la Démocratie et l’Etat de droit.


Haiti1ère- Quelles sont vos attentes par rapport à une telle initiative?



Claudy Donet- CADRE est une initiative non partisane qui part du principe que la Démocratie n’est possible qu’avec des démocrates.

Le centre a constaté un déficit de production de démocrates et d’institutions démocratiques. L’alternance, l’ouverture, l’impartialité, la légalité, comme principes, entre autres, sont bafoués, trafiqués, niés au profit d’une velléité pathologique de conservation de pouvoir, tant au niveau de l’administration publique, des partis politiques, que des organisations de la société civile.

Ce constat de pratiques et de comportements antidémocratiques, a porté le Centre d’Appui à la Démocratie et de Recherche à une double démarche.

D’abord, renforcer institutions par la formation et l’accompagnement technique (Mobilisation communautaire, Gestion des organisations, Management électoral et gouvernance). Le centre s’engage à activer et maintenir des foyers stratégiques dont Agora, Fora, Cadrages et Symposiums/Foires politiques.

Ensuite, CADRE s’inscrit dans une dynamique de recherches autour de l’Etat, particulièrement.

Le centre a profité des 6, 7 et 8 Février 2020, pour réaliser une foire politique en invitant (il faut noter que des interventions ont été reportées), juristes, économistes, politologues, etc. pour débattre des choix politiques et économiques du pays au cours des 33 dernières années (à partir de la Constitution de 1987). Sur la liste, on comptait:


1) Me Wando SAINT-VILLIER, Doyen du TPI de Jacmel, Président de l'Association professionnelle des magistrats haïtiens (APMH)


2) Me Luc FRANÇOIS, Bâtonnier de l’orde des avocats de Jacmel


3) Me Quesnel PÉTION, Président du BED Sud-Est


4) Économiste Louiner JEAN-MARY, Expert en matière électorale


5) Riphard SERENT, économiste


6) Enomy GERMAIN, économiste


7) Pascal ADRIEN, Juriste.



Debat sur la democratie le 7 fevrier 2020 a Jacmel



Haiti1ère- Croyez-vous qu’Haiti est vraiment en démocratie?



Haïti est sur la voie de la Démocratie. Évidemment, le contexte actuel prête à équivoque. La Constitution haïtienne de 1987 amendée confirme le choix d’une république démocratique comme système dans lequel le peuple construit son État et définit ses pouvoirs.


Où en est-on! Le bilan est léger comme la paille que le vent dissipe.

L’Etat déclaré dans l’euphorie de « Makout pa ladan l » s’est, depuis, limité aux respects partiels des droits et libertés. Les institutions du pays sont chétives, rabougries et incapables de placer l’intérêt général au dessus des poussées individuelles, claniques, rétrogrades et populistes. Les pouvoirs de l’Etat alors se construisent dans ce schéma conservateur et prédateur, borderline d’une anomie.

Haïti 1ère- En 33 ans quelles sont les avancées qui ont été faites d’après vous dans le secteur politique haïtien?



Haïti à beaucoup progressé en 33 années de route vers la Démocratie et l’Etat de droit mais le respect des balises fait défaut.

Les partis politiques occupent une place prépondérante sur l’échiquier politique mais il y a une défaillance au niveau de la démocratie interne et de gouvernance. Des élections sont organisées, malgré leurs déficits d’indépendance, de crédibilité, d’ouverture. Le peuple vote, malgré les irrégularités et fraudes. Les pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs sont séparés, malgré les amalgames et une tendance persistante à l’asservissement par la corruption. L’opinion publique est alimentée par des faits et gestes des dirigeants, malgré des spirales de contestations et revendications non satisfaites. Des organisations de la société civile jouent un rôle de vigilance, appuient les processus politiques et démocratiques mais elles sombrent dans la mauvaise gouvernance.



Haïti 1ère- Le pays lock, un phénomène qui s’est installé dans notre quotidien, cadre-t-il avec un régime démocratique?



Claudy Donet-Le pays lock est symptomatique d’un profond problème de société. Il y a malaise.

Haïti est caractérisée par l’injustice territoriale, la corruption et l’impunité. La présidence, le gouvernement, le parlement, les tribunaux et cours, le organes indépendants, toutes les structures du pays sont incapables de répondre aux besoins de la population. Les masses populaires et la classe moyenne s’appauvrissent, s’écroulent sous les poids de l’inflation, l’insécurité (criminalité, insécurité alimentaire, insécurité routière, etc.) et les pouvoirs publics se distancent des revendications populaires comme pour servir aveuglément les intérêts des nantis et leurs sbires.

En réaction, le peuple s’est refermé sur lui même, dans une sorte d’anomie pour créer un ordre. Un ordre social où il redevient souverain: il décide des endroits à bloquer, du calendrier, des personnes qui ont droit à un « Laissez-passer », des normes voire d’une juridiction de droit. Le peuple contrôle seul le territoire, la population et les pouvoirs et met en déroute le modèle d’Etat conçu contre ses intérêts.

Le pays lock est preuve que les fondements de l’Etat actuel ont effondré. Aujourd’hui, le peuple haïtien marche sur les vestiges de la république consacrée par la constitution de 1987 amendée. Le parlement est frappé de caducité; bientôt un an sans gouvernement légitime; la justice est décriée. L’économie du pays est lock.


Le pays lock indique que la Démocratie, comme consécration de pouvoir suprême du peuple, telle qu’elle est pratiquée en Haïti, bloque, au contraire, la construction de l’Etat de droit.


valerygerome@gmail.com

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